Cher Dan, Tout d’abord un grand et chaleureux “mazal tov” pour la naissance de ta fille Ora Myriam. Nos Sages

Mazal Tov pour la naissance d'"Ora Myriam"!

M. D. Tolédano - Communauté Breslev "Atéret Nétsah'", Beïtar-Ilit.

Cher Dan,

 Tout d’abord un grand et chaleureux “mazal tov” pour la naissance de ta fille Ora Myriam. Nos Sages disent dans le Talmud que par “le mérite des femmes justes le peuple juif trouvera sa délivrance”. Chaque fille de plus est donc un pas en avant pour nous tous vers la délivrance tant attendue. Qu’Hachem vous aide à la faire compter parmi ces femmes justes sur lesquelles Hachem et tout Israël comptent tellement!

 

D'un ami à l'autre - Iyar

Et vous avez si bien commencé en décidant de la nommer au nom de Myriam, l’une des grandes Justes d’Israël! Comme tu le sais, l’un des mérites que mentionne le Midrach et qui fut à l’origine de la sortie d’Egypte que nous venons de fêter avec tant d’éclats n’est autre que celui de ne pas avoir changé de nom et d’avoir continué, malgré l’exil, à donner des prénoms juifs. Nul doute que vous avez donc par cela procuré grande satisfaction en-Haut.

Puisque nous mentionnons le nom de Myriam, j’ai lu il y a voilà quelques jours à son sujet un commentaire du Rav Yssachar Dov de Belz (Admour de Belz au début du 19e). Il s’y interroge sur la source profonde de la force des femmes de ne pas être tombées dans la faute du veau d’or, pas une seule d’entre elles n’a fauté, alors que les hommes, nombre d’entre eux s’y laissèrent prendre. Comment comprendre une telle différence demande-t-il? Une telle force d’un côté et une telle vulnérabilité de l’autre, tous deux devant la même épreuve! Il répond que la source de cela se trouve dans l’après traversée de la mer rouge. Les enfants d’Israël se mirent à chanter la Chira en guise de remerciement à Hachem. Les femmes de leur côté aussi mais à une différence près dit le verset. La flamme de la reconnaissance brûlait tellement en elles qu’elles en saisirent leurs instruments de musique et les associèrent à leurs chants. Les hommes n’allèrent pas jusque-là. Dit le Rabbi de Belz, là se trouve le secret de la force de Myriam et celui de toutes les femmes d’alors, remercier Hachem certes mais en s’efforçant d’y mettre tout son cœur, méditer les bienfaits d’Hachem jusqu’à ce que le cœur s’en émeuve. Un tel investissement dans le travail du remerciement a de quoi élever la personne et la souder à Hachem au point que rien ne puisse la faire chuter, même les épreuves les plus difficiles, celles où nombre d’autres, eux, tombent comme de la paille.

 Quelqu’un qui s’investit avec régularité, jour après jour, dans le travail de méditer et remercier Hachem pour ce qu’Il lui donne est quelqu’un de fort, quelqu’un d’une stabilité au-delà de la norme. Ni les épreuves de la vie ni les autres ne le brisent quelque soit la force des attaques et pour une raison simple. Car cette personne devient, par son habitude de dire “merci” à Hachem, proche de Lui. Ainsi nous enseigne Rabbi Nah’man de Breslev au second chapitre du Lykutey Moharan (II). Et lorsque l’on vit dans la proximité d’Hachem de quoi peut-on être brisé, de qui avoir peur? Hachem seul fait et dirige les moindres détails de nos vies!!! Lui seul et pour le meilleur même si cela dépasse parfois nos si frêles esprits! Et lorsqu’une difficulté se pose sur notre chemin, immédiatement on se remémore que la situation n’est pas désespérée et qu’il y a vers qui se tourner. Tout cela par le fait que nous vivons proche d’Hachem, qu’Il ne reste jamais bien loin de notre regard. Comment? Par le remerciement ou plutôt par le “chemin” du remerciement comme le nomme Rabbi Nathan (L.H. Prika outéïna 4§), choisir de faire du remerciement à Hachem un chemin, un mode de vie. Telle est la force de ce si doux effort de remercier Hachem, ni plus ni moins que de nous extraire de la grisaille de notre solitude pour nous faire entrer dans le paysage si coloré d’une vie de complicité où le désespoir et l’échec n’existent plus. Car lorsque l’on compte parmi les proches du Roi, tous les problèmes et tous les écueils trouvent une solution!

 Si grand est le pouvoir du remerciement, de nous rapprocher, de nous mettre en présence et de nous ouvrir ainsi la porte au monde si vaste de la prière. Telle est l’une des raisons pour lesquelles nos Sages ont institué en guise d’introduction à la Amida quotidienne trois premières bénédictions qui ne sont autres que louanges et remerciements et seulement après, toutes sortes de requêtes couvrant l’ensemble des besoins de la vie. Cette vertu du remerciement est à ce titre un excellent conseil pour celui qui aurait du mal à ouvrir le dialogue avec Hachem au cours de sa journée. Quelques “merci” quelque peu médités et il verra bien vite que la porte s’est ouverte et que subitement il trouve les mots pour demander à Hachem de l’aider contre son mauvais penchant ou face aux enjeux de sa subsistance.

 Ceci est vrai même ponctuellement. Toutefois ce que je t’ai mentionné plus haut, entrer dans le “chemin du remerciement” et bénéficier de l’envergure du changement que cela imprime à la vie, cela demande régularité. Or, la régularité, c’est précisément ce qui manque à chacun de nous. On se réveille un jour et le lendemain on dort déjà! Bien peu sont ceux dans notre génération qui méritent de ce maintenir avec régularité dans un chemin de avodat Hachem. La régularité et la responsabilité sont, dans notre génération, beaucoup tombés pour s’habiller dans le monde professionnel, où de nos jours ces notions sont très fortes, alors qu’à leur source elles appartiennent comme toute notion sainte au monde du service d’Hachem et du lien avec Lui. Toutefois, comme toujours, il est un chemin pour faire de la chute un levier d’ascension et dans le cas présent le voici: il suffit d’utiliser la régularité que nous avons dans les sujets de ce monde pour créer notre régularité dans le service d’Hachem en général et dans le remerciement ici en particulier. Par exemple: tous les jours tu dois te rendre au travail et de ce fait, tu montes de façon régulière dans ta voiture pour t’y rendre, fixe-toi donc par exemple de, tous les jours, après être monté en voiture, consacrer tes premières pensées et paroles à méditer les choses qui vont dans ta vie, les petites comme les grandes, et à en remercier Hachem. Remercier Hachem pour la vie qu’il t’a renouvelée aujourd’hui, pour les détails de ta santé qui ne t’ont pas faussé compagnie, pour ta Kippa, ton Chabbat, ton épouse, tes enfants, l’invention de la voiture et tout ce qui te vient à l’esprit. En accolant ainsi le remerciement à quelque chose qui est déjà fixe dans ton emploi du temps, comme ici ta montée le matin en voiture, celui-ci aussi bénéficiera de cette régularité attenante à ta vie professionnelle. Ainsi te sera-t-il plus facile de garder régularité dans ce travail de dire merci et d’en faire petit à petit un véritable mode de vie. Outre cela, en utilisant la régularité se trouvant déjà dans tes obligations de ce monde pour en faire une source de régularité dans ton service d’Hachem, tu ne fais autre qu’élever en retour cet attribut de la régularité qui était tombé, et le ramener à sa source, ou en d’autres mots sa raison d’être. C’est là en soi aussi, au passage, une grande réparation. En tous cas, voilà un excellent conseil pour qui veut rentrer avec sérieux dans ce chemin du remerciement et de la proximité avec Hachem, chemin duquel dépendent, écrit Rabbi Nathan, toutes les délivrances particulières ainsi que la Délivrance générale des enfants d’Israël (L.H. Prika outéïna 4§). 

 Le Talmud traite à la 3e page du traité Bérah’ot de l’emploi du temps des nuits du roi David. “Rav Achi dit jusqu’à minuit il étudiait la Thora, à partir de minuit il louait et glorifiait Hachem.”. De minuit jusqu’à l’aube il peut y avoir 5 à 6 heures! 5/6 heures par jour le roi David passait à louer et à remercier Hachem! Et pas n’importe quelles heures! Les heures les plus choisies de la journée, comme le rapporte le Zohar à nombre de reprises! Si dans sa journée de gouvernant de nation, le roi David dégageait 5 heures de son temps pour remercier Hachem, nous pouvons bien y consacrer 5 petites minutes au milieu de nos folles journées! Mais dans notre génération, ces 5 minutes quotidiennes que nous y consacrons valent bien 5 heures de l’époque si ce n’est plus, ainsi que le saint Ari le dit explicitement à son fidèle élève Rabbi Haïm Vital au sujet des petits gestes des dernières générations (Chivh’eï Haari).

 Mon cher Dan, te voilà père d’une nouvelle fille, comme tout père tu veux rendre tes enfants forts pour qu’ils tiennent bon devant les vagues de la vie. Prends donc avec toi le secret de Myriam, le secret des femmes du désert. Il n’est rien qui puisse les rendre forts comme de les habituer depuis leur jeune âge à voir ce qui va et à apprécier pleinement le bien en toute situation. Comment leur faire passer cela? Certainement pas par des “arrêtez de regarder toujours ce qui ne va pas!” ou encore “regardez la moitié pleine au lieu de regarder toujours la moitié vide!”. Ce genre de mots, en général, au mieux ne servent à rien, sois en absolument sûr. Le seul chemin pour faire petit à petit acquérir ce point là n’est autre que de toi-même t’habituer à vivre ainsi, penser ainsi, parler ainsi, à prêter attention chaque jour de nouveau aux bons côtés de la vie, les relever, les apprécier jusqu’à en remercier. Quiconque vit dans la proximité d’une telle personne bien vite ne demande qu’une seule chose, être comme elle! Une fois cela acquis, le chemin sera alors court pour que tes enfants parviennent eux-aussi à goûter, une fois plus grands, au remerciement à Hachem et à la proximité avec Lui. C’est là la meilleure arme que tu peux leur donner, plus que de grandes études ou des cours de karaté. Car au bout du compte, quelles que soient nos médailles, c’est toujours Lui qui décide et nous, nous ressemblons parfois à des fourmis qui font des biceps! Alors que la plus infime des créatures, une infime bactérie à peine visible au microscope, suffit parfois à nous mettre sous terre… C’est pourquoi, Dan, prends ce conseil des Tsadikim avec toi, prends avec toi ce chemin de remercier Hachem au quotidien, prends-le à cœur et avec régularité, c’est le meilleur cadeau que tu peux te faire à toi-même ainsi qu’à ton épouse et à tes enfants.

 Il y a encore beaucoup à dire mais je suis obligé de conclure ici. Un chaleureux bonjour à tes parents. Adresse-leur tous mes vœux de bienvenue ici en Eretz Israël.

Encore une fois un grand “mazal tov” ainsi qu’un prompt rétablissement à la maman,

Bien affectueusement et à très bientôt j’espère,

 Michaël