Chalom à toi … Tes mots touchent l’un des points les plus sensibles de notre génération: la dépendance du regard des

J'ai l'impression que je n'intéresse personne.

M. D. Tolédano - Communauté Breslev "Atéret Nétsah'", Beïtar-Ilit.

Question:

J’ai l’impression que je n’intéresse personne.

Réponse:

Chalom à toi …,

Tes mots touchent l’un des points les plus sensibles de notre génération: la dépendance du regard des autres. Et sache que même s’il te semble que tu es le seul à en souffrir, toutes les personnes qui t’entourent et que tu regardes avec admiration en souffrent aussi, chacun dans son microcosme, l’un avec sa famille, l’autre avec ses collègues, celui-ci avec ses amis, celui-là avec ses beaux-parents… la dépendance du regard et du jugement des autres affecte tout le monde, très peu parviennent à s’en extraire complètement et ces quelques “derniers des Mohicans” ne sont autres que les Tsadikim de la génération, ainsi écrit Rabbi Nathan de Breslev. A part eux, nous sommes tous malades, plus ou moins. 

D'un ami à l'autre - Tamouz

Nombre sont ceux qui ne le savent pas car ils ont trouvé une orbite de succès avec leur environnement de sorte que leurs relations avec les autres sont toujours l’occasion d’un succès, mais ils n’en sont pas moins dépendant, et le jour viendra où ils changeront quelque peu d’orbite et ils risquent eux-aussi de sentir cette dépendance dans leur chair comme tu la sens aujourd’hui. Il y a donc dans ta situation, mon cher frère, un point ô combien positif, celui que toi, tout au moins, tu es conscient de ta faiblesse et peux donc tenter de t’y confronter, c’est déjà grand!

J’entendis une fois du Rav Y. M. Morgenschtern chlit”a, parmi les grands maîtres Breslev de notre génération, que la pire des choses qui puisse être est d’arriver en-Haut avec un mal qui nous était resté caché de nous-même ici-bas. Lorsque le mal est connu, on peut tout-au-moins commencer à lutter et au-fond c’est l’essentiel de ce qu’Hachem attend de nous. La victoire, elle, est un cadeau du Ciel. Ainsi, Rabbi Nathan de Breslev dit une fois que le vainqueur est celui qui continue de garder son arme en main. Autrement dit, mon cher frère, par ta question même te voilà entrer dans la catégorie des vainqueurs de ce monde et entre tes mains le pouvoir de t’y maintenir si tu choisis de ne pas baisser les bras.

Venons-en au cœur même de ta question. Ton problème, qui est notre problème à tous, a une origine claire qu’il nous revient de bien saisir afin de porter guérison à la source de notre faiblesse. Rav Yitsh’ak Outner zatsa”l, Roch Yéchivat Pah’ad Yitsh’ak, écrit en ces mots:

“L’imagination de l’être le trompe et met l’approbation des autres en lieu et place du sentiment d’importance propre. Et la duperie est si réussie que l’être ne parvient à faire naître en lui le sentiment de son importance s’il ne réussit pas à en trouver l’approbation d’autrui…”

Ceux qui reçoivent l’approbation du monde à leur importance propre – pour toutes sortes de raisons, parce qu’ils sont adroits, ont de l’humour…- “surfent” sur la vague…jusqu’à nouvel ordre. Car en réalité, ils n’en sont pas moins fragiles mais leur fragilité ne trouve pas encore son expression dans leur vécu. Car leurs environnements respectifs leur renvoient bon écho. Ceux qui ne reçoivent pas cette approbation et se maintiennent pour autant dans sa dépendance, rentrent eux dans un cercle vicieux. Ils ne s’estiment pas car le monde ne les estime pas. Ce sentiment propre de faiblesse est inconsciemment “perçu” par ceux qui les environnent de sorte que, où que ces personnes aillent, elles ne suscitent, comme naturellement, l’intérêt de personne et finissent ainsi par croire plus encore qu’elles ne sont pas intéressantes, fades, sans éclat… A chacune de leurs rencontres avec le monde elles trouvent une nouvelle confirmation à cette triste thèse sur eux-mêmes. Tout cela n’étant que l’effet amplifié de la petite erreur de base, celle d’avoir accepté au début de ne pas croire en leur propre importance, indépendamment du regard des autres.

A ce phénomène d’amplification du sentiment d’échec personnel, nous trouvons une magnifique source dans le “Sfat émet”, œuvre clé de la H’assidout, rédigée par l’un des grands maîtres de la H’assidout du début du 20e siècle: le verset rapporte dans la Paracha Chlah’ les propos des explorateurs “nous étions à nos yeux [petits] comme des sauterelles et ainsi étions-nous aussi à leurs yeux [ceux des habitants de la terre d’Israël d’alors]”. Le “Sfat Emet” explique que la seconde moitié du verset est la conséquence de la première: parce qu’ils étaient à leurs propres yeux petits comme des sauterelles, ils le furent aussi aux yeux des habitants locaux. Tout dépend de comment une personne se perçoit elle-même, le reste n’est que conséquence.

Rabbi Nah’man de Breslev parla une fois de la grandeur de celui qui a la Emouna. Rabbi Nathan qui était alors présent s’adressa à Rabbi Nah’man et dit qu’il n’est pas sûr d’être muni d’une forte Emouna. Rabbi Nah’man lui répondit quelque peu sur le ton de la réprimande “Et si tu as de la Emouna, tu n’as pas de Emouna en toi-même” et poursuivit en disant que “l’essentiel de la raison pour laquelle la table des Tsadikim se rétrécit dans le monde futur est parce qu’ils manquaient de confiance en eux-mêmes” (Sih’ot hara’n 140§). Et dans le Lykutey Mohar’an (61§,5), Rabbi Nah’man enseigne que lorsqu’un juif ne croit pas en lui-même et en la joie qu’il donne à Hachem, on lui envoie des personnes qui s’opposent à lui afin que dans sa confrontation à l’opposition il se renforce et croit de plus belle en lui-même et ses atouts. Ainsi répare-t-il cette faute de ne pas avoir cru en sa propre grandeur auprès d’Hachem.  

Croire en soi-même, en ses points positifs, en la grandeur de son âme, de sa mission ici-bas n’est donc pas une petite chose mais elle est la stricte volonté d’Hachem et d’elle fait Hachem dépendre la “table” de l’être pour l’éternité! Tant est-ce important pour Hachem que nous soyons conscients de l’importance que nous et nos bonnes actions revêtent à Ses yeux.

Au point même que Rabbi Chlomo de Karlin, parmi les grands élèves du Maguid de Mézéritch, dit une fois que l’essentiel du jugement que devra rendre chacun en venant en-Haut est “pourquoi as-tu oublié que tu étais le fils du Roi?”, laissant entendre par cela que tous les écueils ne sont que conséquence de ce tragique oubli.

Comment donc ancrer en soi le sentiment de sa propre importance sans faire dépendre la chose des échos qui nous reviennent du monde?

Voici pour cela quatre conseils (parmi sans doute nombre d’autres) trouvant leur source dans les enseignements de notre saint maître Rabbi Nah’man de Breslev:

  • S’habituer au cours de la journée à parler avec Hachem dans sa langue d’usage. Le fait même de parler avec Hachem et de pouvoir se trouver ainsi, à volonté, en Sa Présence et écouté, ancre dans l’être le sentiment de son importance intrinsèque. Pour entrer librement chez le Roi et recevoir à tout moment Son écoute ne faut-il pas être quelqu’un d’important!
  • S’investir dans l’étude des livres des Tsadikim car l’une de leur raison d’être est justement de dévoiler à tout un chacun la grandeur et l’impact des gestes juifs les plus simples qu’il accomplit ainsi que son importance inédite auprès d’Hachem. C’est d’ailleurs avec cette recherche que doit être menée cette étude. Tu y découvriras alors combien tes gestes les plus simples comme celui d’embrasser une Mézouza sont ô combien lourds de sens en-Haut et sources de satisfaction et d’avancée.
  • Le secret de la “séparation”: Rabbi Nah’man de Breslev enseigne qu’un juif doit chaque jour passer en revue ses pensées, paroles et actes, toutefois, ajoute-t-il (Lykutey Mohara’n, II, fin 24§), cet examen doit être fait à un moment précis de la journée. Le reste de la journée, il est un suprême devoir de n’approfondir son regard que sur ses succès et de n’être que joyeux. En mettant en œuvre ce secret de la “séparation”, l’être se protège d’éventuelles pertes d’estime de lui-même pouvant être la conséquence d’une méditation trop prolongée de ses échecs. Au contraire, il s’habitue à sans cesse garder présent à l’esprit sa grandeur et celle de ses actes.
  • Prendre soin de son extériorité: prendre soin de son habit (dans la mesure du possible), de son lieu de vie, donner de l’importance à son temps, s’attacher à n’employer que des mots choisis et non ceux de la rue et surtout pas de mots grossiers même pour rire… tout ceci dans l’intention d’ancrer en soi sa propre importance et la grandeur de son âme, en vertu du principe que dans la force de l'”extériorité” de faire naître l’intériorité, ainsi que notre maître l’enseigne au chapitre 74 des Sih’ot H’aran.

Il y a des gens qui aujourd’hui payent très chers pour entendre ce genre de conseils au cours de toutes sortes de “coursim” comme cela devient si fréquent ici en Israël aujourd’hui. Leur avantage est qu’eux, ayant payé un prix lourd, sont poussés à chercher à palper la valeur de ce qu’ils ont appris afin de ne pas avoir le sentiment d’avoir perdu leur argent. Toi, certes tu as reçu ces véritables trésors gratuitement, mais tu as aussi beaucoup à travailler pour savoir les apprécier jusqu’à les mettre en pratique jour après jour avec persévérance. Jusqu’au jour où tu découvriras combien tu es absolument irremplaçable, véritable chef-d’œuvre de la création, pièce unique et authentique de l’histoire de l’humanité, œuvre du marché la plus chère qui soit, à la mesure de la signature de l’Artiste qui t’a créé.

Avec toute mon affection,

Michael