L’essentiel de l’amour et de la paix entre les enfants d’Israël voit le jour lorsque ceux-ci s’unissent pour parler

Comment donner la Tsédaka?

M. D. Tolédano - Communauté Breslev "Atéret Nétsah'", Beïtar-Ilit.

“L’essentiel de l’amour et de la paix entre les enfants d’Israël voit le jour lorsque ceux-ci s’unissent pour parler de Thora et recherchent ensemble à se rapprocher et à faire la volonté d’Hachem” (Rabbi Nathan de Breslev, Pikadon 5§, 39)

Eretz Israël, Beïtar-Ilit, le 21 Adar 5778 (mars 2018)

Mon cher Lionel,

Ton transfert d’argent m’est bien parvenu et j’ai pu grâce à D. faire en ton nom la mitswa de “matanot laévyonim” le jour de Pourim. Tu ne peux t’imaginer la joie qui se lisait sur le visage de ces deux pauvres lorsque je leur remis ton enveloppe! Et la joie plus grande encore d’Hachem devant le spectacle de ces enfants qui se viennent en aide mutuellement. Imagine-toi un père voyant ses enfants danser tous ensembles et, dans un coin de la salle l’un d’entre eux recroquevillé la tête entre les genoux. 

D'un ami à l'autre - Adar

Subitement, l’un des enfants de la ronde s’éclipse pour aller vers son frère isolé, le réconforter, lui redonner le sourire et le rentrer dans la ronde. Imagine-toi la joie qui envahit alors le cœur du père? Imagine-toi la reconnaissance et la fierté qu’il ressent à l’égard de ce fils au cœur tendre qui prit son frère en miséricorde? Ce fils, ça n’est autre que toi Lionel!

Voici les jours de Pessah’ qui maintenant approchent. Là-aussi, chacun de nous siègera autour d’une table de fête garnie des mets les plus parfumés et des ustensiles les plus raffinés. Le saint Noam Eliméléh’ de Lisensk relève sur le verset décrivant le saut d’Hachem sur les maisons juives lors de la plaie des premiers nés qu’il y a à priori comme une impropriété de langage. Le verset dit qu’Hachem “sauta sur les maisons des enfants d’Israël”. Il aurait à priori été plus juste de dire qu’Il “sauta les maisons des enfants d’Israël” afin à chaque fois de ne frapper que les maisons égyptiennes! Répond le saint Noam Eliméléh’ qu’il faut dire qu’Hachem ne s’est pas contenté de passer les maisons juives mais qu’à chaque fois qu’Il passait sur une maison juive, au spectacle de les voir faire le Séder, Lui et la cour de Ses anges se mettaient à danser de joie! Tel est le sens des mots “Il sauta sur les maisons d’Israël”! Des sauts de danse sur chaque maison juive! Sur chaque table de Séder! Sur chaque juif siégeant à ce moment autour de la table!

Et s’il en est ainsi pour absolument tout un chacun de nous, à fortiori pour celui qui s’est aussi soucié que d’autres puissent aussi s’asseoir autour de la table et se réjouir en ce si grand jour! C’est pourquoi, je ne peux que t’encourager à, dans la mesure de tes possibilités, faire à nouveau un geste. A l’évidence trouveras-tu à Paris un organisme de bienfaisance qui s’occupe de récolter ces fonds et de les distribuer à nos frères dans le besoin.

Si déjà nous parlons de la Tsédaka de Pessah’, permet-moi de te mentionner à ce sujet un enseignement de mon maître, le saint Rabbi Nah’man de Breslev, que son mérite nous protège. 

Notre maître relève, au chapitre 201 du Lykutey Moharan, que les premières lettres du célèbre verset “Tsédaka Tatsil Mimavet” (La Tsédaka sauve de la mort) forment le mot Matsot. Et comme tu t’en doutes, ça n’est pas un hasard! Quel est le rapport entre la mitswa de la Tsédaka et les saintes matsot que nous mangeons à Pessah’?

Avant d’y répondre, regardons les mots suivants de ce chapitre: “Chose propice à guérir l’épilepsie (q.D.p.): distribuer la Tsédaka. “Pizar Natan Laévyonim” (Téhilim 112) (Il distribua la Tsédaka aux pauvres), les premières lettres du verset forment le mot “Nofel” (nom de l’épilépsie)”. Tsédaka, Matsot, épilepsie, ça sent l’énigme, je te l’accorde!

Quel est le message que notre maître veut nous faire passer ici? Rabbi Nathan de Breslev écrit à maintes reprises que chacune des paroles de Rabbi Nah’man porte en elle des enseignements d’une grande envergure et pour chacun, et qu’avec chacun de ses enseignements à lui seul, chaque juif peut parvenir à devenir un juif “cacher” (je ne sais pas ce que c’est mais une chose est sûr c’est que ça vaut le coup!). Il y a donc, à l’évidence, derrière ces mystérieux mots, autre chose qu’un simple conseil pour épileptiques.

L’épilepsie se caractérise par une perte de connaissance ainsi que par de violentes contractions musculaires. Autrement dit, tout en perdant connaissance, le malade continue de faire des mouvements, violents parfois, et peut ainsi se porter gravement atteinte par toutes sortes de chocs ou de chutes. Un petit peu de patience, tu vas vite comprendre.

Nous nous tenons toi et moi au beau milieu du monde d’Hachem, Il a créé ce monde, c’est le sien. Ce n’est autre que Lui qui lui insuffle de nouveau à chaque instant la vie, en dirige les péripéties. Les enfants se lèvent le matin, nous aussi, mazal tov! Hachem a redonné la vie! Un jour de plus ici bas! Il n’était pas obligé. Chaque jour n’est qu’un cadeau de plus.

Et pour quoi une telle chance? Pour qu’en quelques très courtes années, un bref clin d’œil au regard de l’éternité de notre existence, nous puissions influer sur le sort de notre éternité toute entière. Fixer le sort non d’une seule de nos années, ni de dix, ni de cent, ni de mille, mais de notre éternité!!!!!!! Notre joie éternelle, notre confort éternel, notre satisfaction éternelle…comme tu veux les nommer, crucial, non?

Et de quoi dépend cet enjeu de notre existence? De simples gestes, de simples mots, de simples pensées. Un instant de garde du Chabbat est une source nouvelle de vitalité pour l’éternité, une brah’a, un mot de Thora, une courte prière, une furtive pensée à Hachem, un moment de pudeur, tous nous porterons compagnie pour l’éternité. Un seul instant ils ne nous quitteront pas. Chaque étincelle de mitswa est aussi éternelle! Ainsi aussi chaque instant où nous voulions faire le mal et nous sommes repris en main, ce moment aussi sera pour nous comme une bouteille d’eau fraiche qui ne se vide pas au beau milieu du désert.

Une fois quitté ce monde, toute cette belle histoire est finie! En Haut, finies les mitswot! Finis les efforts pour aller à un cours de Thora, finis les efforts pour honorer le Chabbat, garder la joie devant les épreuves, dire que tout est pour le bien même quand rien ne va. Fini de voler quelques minutes au milieu d’une journée folle pour parler à Hachem. En Haut, ni Téfilin, ni Talit, ni Nérot de Chabbat, ni Méguila, ni Matsot. “Game over” comme dirait l’autre!

Chacun le sait. Chacun en accompagnant un proche à sa dernière demeure croit ô combien qu’il continue à être quelque part. Chacun, à l’approche du jour de Kippour, pose ses congés. Et pour autant, le cours des vies ne change bien souvent pas. Chacun revient à ses tristes habitudes. Se met en colère pour des futilités d’un instant, s’investit corps et âme pour les choses les plus vaines, s’enflamme pour le rien et dénigre les trésors véritables. Bref, replonge dans l’oubli. Comment est-ce possible? N’est-ce donc que nous aurions perdu connaissance et que fort de cela nous perdions la maîtrise de nos gestes et portions atteinte à nous mêmes? Ne serait-ce un petit peu comme une crise d’épilepsie longue de 70 ans?

Telle est le fond de l’intention de notre maître. Rabbi Nah’man ne voulait pas ici parler uniquement  d’un problème si rare et si extrême qu’est la maladie de l’épilepsie mais aussi et surtout de tous les états spirituels que nous passons et qui s’y apparentent. Au regard de ceux-là, nous sommes tous, absolument tous, plus ou moins malades.

Et le remède qu’il nous dévoile ici est le don de la Tsédaka. Donner la Tsédaka mais pas comme on paierait une place au parking. Donner la Tsédaka devant Hachem, donner la Tsédaka le cœur plein de volonté, donner la Tsédaka avec des yeux de supplication, suppliant Hachem que ces quelques pièces nous ouvrent enfin l’esprit, nous ouvrent le cœur, nous fassent retrouver la raison, nous sortent du danger. Donner la Tsédaka avec la conscience qu’à cet instant s’ouvre entre nous et le Ciel un canal de bon sens, des flots de vérité et de pureté de l’esprit et diriger notre volonté vers eux. Que par ces quelques pièces nous commencions à nous prendre nous-mêmes en miséricorde et à donner à notre âme éternelle ce dont elle a tant besoin. Telle est l’intention de notre maître derrière ces mystérieux mots. Nous faire vivre le moment de la Tsédaka différemment, nous faire vivre le moment de la Tsédaka comme un moment d’une étonnante envergure, un moment d’espoir, de guérison et de retour à nous-mêmes.

Et c’est tellement facile! Il suffit de s’équiper d’une boîte de Tsédaka, d’y déposer chaque matin avant son départ quelques petits centimes d’euros, et le tour est joué. A présenter au Guiness des records du médicament le moins cher au monde, non? Et si vital pourtant.

Mon cher Lionel, je suis obligé de conclure mais en deux mots. Pourquoi donc notre maître a-t-il lié aussi les notions d’épilepsie et de Tsédaka à celle des Matsot? Car cette guérison dont nous venons de parler se fait aussi par excellence par la consommation de la Matsa pendant les 7/8 jours de Pessah’. Nos Sages appellent la Matsa “le pain de guérison” (Zohar). Car la Matza elle aussi guérit les esprits (L.M. 57§). Telle est la sainte force de cette Matsa qu’avec l’aide d’Hachem nous mangerons en abondance: renouer nos esprits à Hachem, renouer avec le souvenir de Sa Présence devant nous, savoir nous réjouir avec Lui, Le remettre en tête de toutes nos priorités. Notre maître saisit une fois les jours de Pessah’ une Matsa et s’exclama “celui qui tient une matsa dans la main tient Hachem!” (Siah’ Sarfé Kodech). Oui, à chaque bouchée de Matsa pendant ces jours de Pessah’, nous faisons un peu plus encore pénétrer Hachem dans nos esprits, dans nos cœurs, dans nos corps. A chaque fois un peu plus encore. Aucune bouchée de ces jours n’est en vain!

C’est la raison pour laquelle, mon tendre frère, je t’en supplie, n’achète pas un kilo de Matsa faites mains à 5 euros. Il y a fort à parier que ce ne soit autre que du pain déguisé. C’est tellement dommage! Une fois dans l’année, ça vaut le coût de ne pas regarder et de mettre le prix. 

Et lorsque tu mangeras la sainte Matsa, tout au long des 7/8 jours de la fête, rentre dans ces quelques minutes tes volontés de devenir un bon juif, rythme-les de cris intérieurs, d’appels à Hachem au secours pour t’ouvrir plus encore les portes de la vie éternelle et de la joie véritable.

Tu verras alors combien de portes que tu n’imaginais pas s’ouvriront devant toi!

Dans l’attente de n’entendre que de bonnes nouvelles de toi,

Affectueusement,

Michaël